Renaître à soi par le massage

La naissance est un processus lisible dans les mémoires tissulaires et les structures du corps. Le praticien, à l'écoute, contacte ce processus.
Par Manuel GASTAMBIDE, Masseur et Somatothérapeute.

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  • Revivre sa naissance a-t-il un sens ?En psychanalyse, on se pose la question depuis qu’Otto Rank publie, en 1923, une thèse sur les traumatismes de naissance, officiellement rejetée par Freud qui semble officieusement très désireux d’y adhérer. Quoi qu’il en soi, dans la clinique, des souvenirs de naissance ou de vie intra-utérine ont surgi dans les cabinets de nombreux thérapeutes fameux : Winnicott, Reich, Janov, Grof et d’autres. L’être humain semble pouvoir accéder à une réalité, certes intérieure et subjective, mais dont les effets sont bien présents, sous forme de symptômes notamment.

    Dans les années 1970, avec l’avènement des thérapies psycho-corporelles, la respiration intensifiée et la transe qu’elle favorise sont utilisées comme véhicule permettant l’émergence de ces souvenirs utérins et de naissance. C’est le cas du rebirthing de Orr ou de la respiration holotropique de Grof. La mémoire de ces empreintes se trouve gravée dans le cerveau primitif ou les cellules du corps (Janov, repris en ostéopathie par Tricot). Elle se prolonge dans les structures mentales et, au-delà, dans l’inconscient collectif (Jung) ou la conscience cosmique (psychologie transpersonnelle).

Naître, toute une histoire...

Naître, toute une histoire…

     Entre 2004 et 2010, j’ai eu la chance d’exercer l’haptonomie entre mes séances de massage ou de somatothérapie. Ce fut un triple privilège. Celui d’entrer dans l’intimité d’un couple d’abord, avec les mille pincettes que cela implique de respect et de tact, pour être le plus discret possible dans leur histoire de famille naissante ou en perspective d’agrandissement. Pour le rythme ensuite, celui qu’impose le bébé et le quatrième mois de grossesse de sa maman ; un rythme qui n’est pas celui du quotidien mais de l’exceptionnel ; un temps long qu’il est encore socialement possible de s’accorder au prétexte de la gestation ; enfin, pour la rencontre et la communication, à partir du cinquième mois, avec son excellence, le bébé à naître. A travers l’appel du bébé dans le giron, à droite, à gauche, puis en haut près du coeur et en bas sur son futur chemin de naissance, nous nous rendons compte que l’enfant à venir est loin d’être dénué de conscience et de capacité à communiquer. Le sentir se lover dans la main qui lui propose d’expérimenter un petit nid, celui du papa ou des parents ensemble, génère une émotion réellement hors du commun, pour peu qu’on soit sensible à l’humanité lorsqu’elle pointe sa naïveté la plus pure.

     A travers cette expérience professionnelle, j’ai forgé ma certitude que le foetus est réceptif à des manifestations, y compris très subtiles, de la vie extérieure, et qu’il est déjà conscient de son environnement, comme des sollicitations extérieures, étranges, avec lesquelles il s’amuse et auxquelles, au minimum, il réagit.

     Puis, vient la naissance elle-même. En ostéopathie, on sait à quel point elle structure le corps ou ne permet pas de le structurer dans le cas particulier mais répandu des césariennes. Même quand elle se passe bien, la naissance est un événement fondamental de la vie. Or il n’est pas rare, de surcroît, qu’elle ne se passe pas idéalement.

     Comment le bébé vit-il son processus de naissance ? A un moment, il a rejeté un ventre qu’il ressent comme étant hostile, parce que son expérience est trop inconfortable comparée à un état de non limitation antérieure. Le bébé ne peut pas faire son propre choix par rapport au moment juste de sa naissance et son rythme n’est pas respecté. L’organisme de la mère résiste souvent au processus naturel de l’accouchement quand il n’est pas paralysé par des anesthésiants ou accéléré par des déclencheurs de synthèse. Le bébé a-t-il peur du processus qui s’enclenche et dont il fait l’expérience ? En tout cas, il continue d’être relié, par le cordon, aux hormones de sa mère et souvent aux hormones du stress. L’accueil et la manipulation du bébé sont rarement respectueux de son besoin d’être entouré, touché, aimé et nourri à son rythme.

     Stanislav Grof et d’autres thérapeutes psycho-corporels ou transpersonnels, pensent que beaucoup de troubles psychopathologiques prennent leurs racines dans les traumatismes de la naissance.

     Le massage intuitif est un outil simple et approprié pour aborder les vécus de naissance, de vie intra-utérine et de néo-natalité. Le praticien en massage intuitif a travaillé sa présence à l’autre, à lui et au monde ; cette force de présence qu’il serait idéal de rencontrer chez les sages-femmes et obstétricien(ne)s qui accompagnent l’enfant dans son processus de venue au monde. Le massage est aussi un moment sans paroles, renvoyant donc à la période pré-langagière et donc à ces moments précoces de la vie. Enfin, la séance de massage est un temps de toucher, d’écoute tactile, or c’est précisément l’un des sens les plus développé du foetus et du nourisson, avec l’odorat et l’ouie, avant que ne se développe la vision.

     Lors de l’atelier « Exercer son talent d’accompagnant » des 26, 27 et 28 septembre, nous verrons combien il peut être simple et fécond d’utiliser le massage intuitif pour interroger et faire progresser nos souvenirs corporels du processus de naissance. L’occasion aussi, avec Caroline Maisonneuve et moi même, d’ouvrir un espace pour vos propres émotions de naissance et d’accueil, et renforcer encore votre présence de praticien(ne).

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Manuel GASTAMBIDE