Amnésies traumatiques, Comment renouer avec soi ?

Grands traumatises, agressions, deuils brutaux... Le cerveau se met en mode survie absolue. Les souvenirs traumatiques sont mémorisés, mais pas forcément de façon accessibles. Pour retrouver du confort, il faut affronter le traumatisme avec la douceur de la bienveillance.
Par Benoit Gossay, Masseur-kinésithérapeute, Praticien en toucher intuitif, Formateur à l'EMPSI et en méditation pleine conscience.

« C’est mon corps qui pense, il est plus intelligent que mon cerveau »,
Colette.

« Parce que des millions de fantômes hantent nos corps et nos ventres »,
Dr Ghislain Devroede.

 

Bronze de Bruno Catalano

 

     5% à 10% des français ont été victime de violences sexuelles durant leur enfance. Une enquête de 2015, rapportée par Muriel Salmona, psychiatre et présidente de l’association « mémoire traumatique et victimologie », met en évidence que 37% de ces jeunes victimes présentent une période d’amnésie suite à ces violences et que ce pourcentage montent à 46% quand elles sont commis par un membre de la famille… Cette amnésie dite « traumatique » peut être partielle (60% des cas) voire totale (40%) : dans un processus de survie face à la violence et l’horreur de l’agression sexuelle, l’oubli est parfois la seule voie.

 

Amnésie traumatique.

     Lors d’une agression sexuelle, le stress intense de l’acte génère dans bien des cas un effet de sidération : une anesthésie physique et émotionnelle se met en place.  Le cerveau trouve une parade pour se protéger. Il applique une stratégie psychique de survie non consciente : un réflexe dissociatif automatique, caractéristique d’un PTS (syndrome de stress post-traumatique) que l’on retrouve aussi chez des soldats traumatisés qui ne se souviennent plus des combats, ou dans le cas de victimes civiles de conflits armés et d’attentats, ou suite à la perte brutale d’un proche…

     On remarque que plus la victime est jeune et plus l’agresseur est proche, plus le niveau de dissociation est important et l’amnésie traumatique fréquente. Cette amnésie, mécanisme de défense, inhibe la réalité et le vécu : pensées, jugements, sentiments, émotions, tout est effacé… ou presque. Cela peut durer des mois, des années (jusqu’à plus de 40 ans dans certains cas référencés). D’où le combat des différentes associations et notamment celle de Muriel Salmona, psychiatre, afin que le délai de prescription soit supprimé dans le cas des violences sexuelles (aujourd’hui fixé à 30 ans après la majorité).

     Au niveau du cerveau, le mécanisme de défense se manifeste par une modification du stockage de l’information : habituellement, les informations sont stockées dans l’hippocampe afin d’intégrer notre mémoire biographique. En cas de surstress, comme dans le cas des agressions sexuelles, la sécrétion de cortisol (une des hormones du stress avec l’adrénaline) par les glandes cortico-surrénales atteint des seuils épiques. Le cerveau est noyé par cette décharge et l’effet neurotoxique du cortisol entre en jeu : l’hippocampe ne peut plus stocker les informations, c’est le court-circuit de l’amnésie traumatique ! Les informations empruntent un circuit de dérivation : elles se stockent dans les amygdales cérébrales qui se localisent dans la partie frontale des lobes temporaux. Cette partie du cerveau qui s’active en cas de danger, se dérègle : générant une sensation constante de stress et d’angoisse. La personne se retrouve en état d’hypervigilance permanente sans savoir pourquoi, basculant en état de stress-chronique…

     Ce processus de refoulement peut entraîner, dans le quotidien de la personne, des troubles alimentaires, problèmes d’addictions, problèmes dans sa sexualité, troubles du sommeil, problèmes dans son rapport à autrui…

     Les victimes ont l’impression d’avoir subi quelque chose sans savoir quoi, sans avoir accès à leur sphère émotionnelle du fait de la dissociation. Le malaise, insidieux, est présent au quotidien.

 

Somatisation : le corps au secours de la mémoire.

     Notre mental, dans son besoin de nous protéger encore et toujours élabore, dans les années qui suivent les traumatismes, de nouvelles barrières de protection. Notre inconscient dissimule, cache, nie, efface tout ce qui est susceptible de nous faire du mal. Pourtant, on sent. Quelque part dans les couloirs de l’espace/temps, il reste une trace… Elle se traduit le plus souvent sous forme de peurs. Toute peur est précieuse, toute peur est enseignante. Elle recèle l’information que l’on cherche inconsciemment à esquiver, à enfouir, confinée derrière les portes du refoulement : la peur est un écran.

     Le corps prend alors le relais : notre dysharmonie psychologique se projette sur notre sphère physique. Les violences sexuelles vécues dans l’enfance peuvent avoir pour conséquence l’apparition de maladies auto-immunes dans la 2ème partie de la vie.

« Quand la peine est trop forte pour être élaborée en mots, il ne reste que les maux du corps pour la porter », Dr Ghislain Devroede.

     « Lorsqu’on est jeune, la biologie puissante de notre être parvient à étouffer la plupart des tentatives d’alerte, mais en prenant de l’âge, on perd de l’énergie, et nos capacités physiologiques de refoulement s’étiolent. L’esprit se cabre, le corps est moins le roc inaltérable qu’il était, et les dérèglements apparaissent, la maladie se réveille, ici ou là, touchant un organe, une zone, des circuits, des cellules » nous explique Stéphane Allix, fondateur de l’INREES (Institut de Recherche sur les Expériences Extraordinaires).

     Si la médecine moderne et allopathique est d’un grand secours dans le soutien apporté à notre corps, elle nous accompagne pour nous permettre de continuer à avancer mais ne peut traiter le fond, la source, l’origine de la douleur et de la souffrance.

 

Les thérapies alternatives au secours du corps et de l’âme : états modifiés de conscience.

     Vers qui se tourner quand on cherche à passer au-delà des portes du refoulement, quand on vit dans un état de malaise au quotidien et que la réponse se trouve dans notre inconscient ?

     « Si nous voulons apprendre de nos ténèbres, si nous voulons qu’elles nous aident à nous renforcer et à guérir, nous devons échapper à la bulle qu’est l’égo pour nous ouvrir à l’immense étendue de l’âme ». Ram Dass, Richard Alpert, ancien professeur de psychologie à l’université de Harvard.

     Le recours aux états modifiés de conscience assistés par thérapeute est une voie d’accès, en shuntant la conscience et le rôle inhibiteur du cerveau. Dans un espace sécurisant, le matériel remonte et peut-être accueilli avec bienveillance : hypnose, transe chamanique dans un travail de thérapie transpersonnelle, respiration holotropique mise au point par le psychiatre Stanislav Grof… sont les nouvelles formes qu’ont prises les transes ancestrales dans notre société.

     Très étudiées dans les années 1950 et 1960, puis mises de côté pour diverses raisons plus ou moins valides, les thérapies assistées par psychédéliques font leur retour ces dernières années. Dans certains états des USA, la légalisation de ces substances dans une optique thérapeutique est sans doute une question de temps : à San Francisco et Boston, La California Institute of Integral Studies, propose un cursus officiel de formation à destination des professionnels de la santé mentale et des professions médicales agrées en vue de la certification sur les thérapies assistées par psychédéliques. Mais quelles sont ces substances ?

– la psylocibine, composé chimique très similaire à la sérotonine, présente à l’état naturel chez différents champignons, et considérée dans différents courants chamaniques comme une « médecine de la Terre ». Actuellement, elle est étudiée au Centre de recherche psychédélique, division du cerveau à la faculté de médecine de l’Imperial Collège de Londres sous la direction du docteur Robin Carhart-Harris (docteur en psycho-pharmacologie), mais aussi outre atlantique à l’hôpital universitaire Johns-Hopkins de Baltimore.

– la mescaline, issue d’un cactus endémique au Mexique, le Peyotl, utilisé également dans les cérémonies chamaniques, dont la structure chimique est proche de l’adrénaline.

– le LSD, issu de l’ergot de seigle (un champignon), déjà utilisé dans les années 1950 et 1960 en psychiatrie, et largement documenté et expérimenté par le psychiatre Stanislav Grof avant sa prohibition.

– la MDMA ou méthylènedioxyméthanphétamine appelé aussi Ecstasy ou Molly, étudiée à l’université de Manchester pour ses effets dans la disparition des troubles de syndromes extra-pyramidaux comme la maladie de Parkinson. Un document relatif à ce champ d’expérience fut présenté par la BBC en juillet 2006. La MDMA augmente la production de sérotonine dans le cerveau, et améliore la gestion des états émotionnels, d’où son recours thérapeutique dans le traitement de formes résistantes de dépression.

– la DMT, diméthyltriptamine, principe actif de l’ayahuasca, la « liane des morts », interdite en France comme tous les autres psychotropes et considérée comme richesse du patrimoine nationale par les autorités péruviennes, de structure chimique proche également de la sérotonine. Elle est la base de la médecine traditionnelle du bassin amazonien comme le tabac. Cette substance a été étudiée ces dernières années par le psychiatre américain Rick Strassman.

     Les psychédéliques agissent d’une façon particulière : ils réduisent le débit sanguin dans plusieurs zones du cerveau, entraînant une diminution de l’activité neuronale. Ils font chuter la capacité de filtrage du cerveau, sa fonction inhibitrice, permettant un accès à un matériel psychique normalement inconscient et difficilement abordable en cas uniquement de thérapie verbale. En fonction des substances, toutes les résistances sautent plus ou moins avec douceur. Ils représentent des outils, des ressources dans un processus thérapeutique, rendant visible tout ce que notre esprit tente en permanence de nous cacher : les psychédéliques nous font perdre la capacité de contrôler nos pensées. Encore faut-il pouvoir l’accueillir…

     A ce jour, ces psychédéliques sont utilisés dans le sevrage de l’alcoolisme, la prise en charge des dépressions (sans effets secondaires ou d’accoutumance comme c’est le cas pour certains antidépresseurs), en soins palliatifs, le traitement des douleurs chroniques et PTS. En France, leur consommation est interdite : elles sont inscrites aux tableaux de la Convention internationale sur les psychotropes de 1971.

     Une autre voie d’accès à l’inconscient est représentée par la respiration holotropique. Sans recours au psychédélique, la bascule en état modifié de conscience se fait par un procédé naturel : l’hyperventilation (comme dans le Rebirth) accompagnée par la musique. Mise au point par le psychiatre tchèque Stanislav Grof, cet outil permet d’accéder à différents espaces de soi et notamment des souvenirs et émotions refoulées. Cette pratique encadrée par des praticiens certifiés et se réalisant en binôme, plonge le pratiquant au coeur de la transe où les perceptions kinesthésiques, visuelles et autres se mélangent.

 

Le jour d’après… se reconstruire.

     Que faire quand la mémoire revient ? Que faire de cette prise de conscience ? Que faire quand la « Boîte de Pandore » est enfin ouverte, et que l’on met un sens à son sentiment d’insécurité, à ses angoisses, ses troubles alimentaires ou autres problèmes ? Le déni, le refus… Comme l’exprime avec justesse, sincérité, vulnérabilité Stéphane Allix dans son livre « Nos âmes oubliées », le mental revient à la charge et a vite fait de remettre en doute ce que l’inconscient et le corps crient à l’unisson : l’horreur du vécu. La décompensation guette et le soutien se fait vital. Et puis il y a le doute, le doute qui s’insinue et se glisse dans chaque pensée : est-ce la vérité ? a-t-on vécu l’innommable ou est-ce qu’il y a transformation des souvenirs afin de répondre à ses névroses et pulsions destructrices ?

     L’accompagnement thérapeutique peut revêtir différentes formes. La psychanalyse est cependant vite limitée et dépassée : sa capacité à modifier la souffrance et à accompagner l’autre dans son processus de résilience restant basé sur la parole, le symbole et le rêve… Elle reste néanmoins, comme toutes les autres thérapies verbales, un excellent support afin de déposer dans l’instantanéité ce qui oppresse.

     La thérapie transpersonnelle, avec des outils issus du chamanisme comme l’extraction et le recouvrement d’âme, peut représenter une aide conséquente. Pour le patient, les soins, rituels offrent une ouverture par laquelle il peut retrouver peu à peu son entièreté car, comme le mentionne Maud Séjournant dans l’ouvrage « Femmes chamanes » : «  Lors de graves traumatismes tels que les abus sexuels, la maltraitance et autres, des énergies négatives s’infiltrent dans la personne« , entraînant une « perte d’âme / fragmentation de l’âme, une part d’âme restée enfant et qui a refusé de grandir, parce qu’elle se trouve à l’extérieur de toi depuis tout ce temps« . Citons encore une fois Stéphane Allix : « Accident, agression, viol et frayeur, l’âme aura tendance à se réfugier là d’où elle vient… L’âme en état de choc, se dissocie pour retourner dans le monde des esprits… La personne est à moitié là et à moitié dans le monde des esprits : à moitié morte. Elle vit en étant à moitié présente, à moitié ancrée, à moitié dans son corps« . Entendons par âme, cette conscience fondamentale de notre être, non limitée par l’espace et le temps, à la différence de la conscience cérébrale, que l’on associe à notre cerveau, qui est notre capacité à fonctionner dans notre monde matériel et est dépendante du bon fonctionnement de notre organisme. En état de transe, le praticien chamanique ou le patient va extraire du corps les « traces énergétiques » de son agression pour y réinstaller ses parts de lui, disséminées dans les couloirs de l’espace/temps.

     La hutte de sudation ou « Sweat Lodge », à l’origine cérémonie / rituel nord-amérindien, est un processus de mort / renaissance. Comme la respiration holotropique et les 4 matrices périnatales de Stanislav Grof, la hutte de sudation se présente en 4 temps, que l’on appelle les « 4 portes » : Encore appelée Inipi ou Temazcal en fonction de la localisation géographique sur le nouveau continent, la hutte de sudation se veut avant tout une cérémonie de purification. Comme l’explique  Aurelio Diaz Tekpankalli, Homme médecine mexicain, « avec la sweat lodge, nous purifions nos corps physique, émotionnel, mental et spirituel, pour renaître à nouveau. Revenus dans le ventre de la Mère Terre, nous sommes lavés de tous nos excès, réveillant à chaque porte un niveau de compréhension différent, pour parvenir à une plus grande clarté intérieure« .

     C’est aussi un espace de guérison et de prière. Espace qui a la même forme arrondie que le ventre d’une femme enceinte, ventre maternel, utérus de la Terre Mère. On retourne dans le ventre de la Terre Mère nourricière pour y laisser mourir une partie de nous, de l’ancien, cette partie de nous que l’on ne veut plus, pour renaître, revenir à la vie.

     Cette cérémonie, qui est un des 7 rites sacrés des Sioux Lakota, nous plonge dans l’obscurité, représentant la nuit et « l’heure des esprits ». Mais cette obscurité nous rappelle que nous formons un seul et même peuple car on ne peut distinguer ni la couleur ni l’aspect des visages de chacun des participants. Elle nous ouvre à une nouvelle perception, à une nouvelle compréhension de qui nous sommes. A chaque porte, nous accueillons les pierres chauffées dans le feu qui symboliquement représentent nos ancêtres. « Ce sont les os de nos grands-parents physiques, végétaux, animaux, humains dont les corps sont retournés à la Terre« , précise Aurélio Diaz. A travers les chants et les tambours, sonaras, hochets ; mais aussi à travers les prières prononcées par les participants, nous entrons en connexion avec les 4 éléments que sont la Terre, l’Eau, le Feu et l’Air. Un élément pour chaque porte, chaque point cardinal, chaque étape de la vie. A chaque ouverture, entre les 4 tours, les sentiments, l’air et les prières sont dispersés par le vent dans les 4 directions. A l’inverse de la respiration holotropique qui est tournée vers l’expression et le mouvement, la hutte de sudation se veut introspective. Elle est un processus intérieur, une rencontre avec ses ressentis corporels et émotionnels : calme en surface et secouant dans les profondeurs de son être.

     L’EMDR, Eye Movement Desensitization and Reprocessing, constitue un autre outil pour se reconstruire. Mise au point par Francine Shapiro, psychologue américaine, cette technique basée sur les mouvements oculaires est utilisée avec succès pour traiter les troubles de stress post-traumatiques. Au vue de son efficacité, elle est recommandée par les instances publiques nationales et internationales : la Haute Autorité de Santé (France) depuis juin 2007, et l’Organisation Mondiale de la Santé depuis 2013.

 

« Se taire et brûler de l’intérieur est la pire des punitions qu’on puisse s’infliger »,
Federico Garcia Lorca.

La place du massage intuitif et du toucher intuitif dans la reconstruction.

     59,3% des victimes de violences sexuelles dans l’enfance ont une amnésie totale ou partielle. Mais 100% des victimes présentent un refoulement plus ou moins important de leurs ressentis physiques et émotionnels. Ce refoulement, mécanisme de défense et de survie dans un premier temps, dessert ces personnes dans un second temps, les coupant du reste du monde et d’eux-mêmes.

     Deux cas de figures se présentent au masseur et somatothérapeute :

     Le patient est toujours en état d’amnésie traumatique, percevant son malaise / mal-être sans pour autant en savoir la cause. Il perçoit sa difficulté à être en lien avec le monde extérieur et les autres. Il peut percevoir sa difficulté à être en lien avec sa sphère émotionnelle, comme s’il était emprisonné dans une bulle le coupant de ses émotions, de la vie. Et puis, il y a son rapport au corps, l’évitement du toucher, du contact ou une forme d’anesthésie dans ses ressentis corporels… L’intuition « permet l’accès à une source inépuisable d’information« , et le praticien expérimenté peut sentir l’origine des troubles… mais se laisser troublé à son tour par son intellect venant fausser son ressenti. Comme l’explique Stéphane Allix, « les informations passent par le cerveau, à travers le filtre de l’inconscient. C’est là où les intuitions, justes par nature, vont être parasitées par des interprétations de notre mental, ainsi que par nos réactions émotionnelles. Nous ne sommes pas conscients de ces mécanismes cognitifs qui déforment nos perceptions intuitives. En outre, les recherches démontrent que plus on connait une personne, plus il y a de risques que notre raisonnement, nourri par les connaissances préalables que l’on a sur elle, et nos émotions alimentées par les sentiments que l’on éprouve, interfèrent et distordent encore davantage nos intuitions… Raisonnements et projections émotionnelles sont les deux ennemis de l’intuition« . Et Stéphane Allix d’ajouter : »Que dire et ne pas dire ? Doit-on dire tout ce que l’on capte à la personne venue nous consulter ? Certains sensitifs répondent que si une information leur est donnée, c’est qu’elle doit être partagée. D’autres, conscients des conséquences physiologiques que peuvent avoir certaines nouvelles, font preuve de diplomatie, de prudence, voire même d’autocensure« . Pour ma part, je rejoins ce camp où la bienveillance et la prudence thérapeutique doivent toujours primer : les personnes ont besoin de découvrir les choses par elles-mêmes, et c’est à nous thérapeutes de les accueillir quand l’information et les ressentis vont filtrer des portes du refoulement. Accueillir les cris et hurlements, accueillir les pleurs et décharges émotionnelles et végétatives, contenir avec bienveillance et sans pathos les tremblements, la fureur et la rage contenues depuis tant d’années et enfouies dans les profondeurs du coeur, du corps et de l’âme…

     Le patient sait, a conscience de son passé, et sa démarche est de se réapproprier sa propriété, son temple sacré bafoué : son corps. Là où par le passé, le toucher fut synonyme de violence, d’abus, d’irrespect, de sauvagerie et de traumatisme, le somatothérapeute accompagne le traumatisé à revenir dans ses sensations corporelles et à y trouver une autre finalité que la fatalité passée. Petit à petit, au rythme du patient, ensemble, le massé et le somatothérapeute réinvestissent le corps en conscience et bienveillance. Le patient découvre ou redécouvre, qu’un toucher, qu’une main posée sur lui, peut être bienveillante salutaire et réparatrice. La qualité de présence et d’écoute de ces mains qui se veulent et qui se font guérisseuses, cicatrisent la tête, le coeur et le corps. Le processus peut être long, mais qu’il est beau ! Qu’il est bon de sentir le corps se délier, s’apaiser et se déposer. Qu’il est bon, pour chacun(e) de sentir les cuirasses se défaire. Qu’il est bon de sentir le souffle de vie, la respiration réinvestir chaque espace corporel. Et percevoir la flamme rejaillir dans le regard, où le vide et le froid avaient pris place.

A toutes ces âmes blessées que j’ai croisées et accompagnées…
Benoit Gossay,
MKDE, Praticien en toucher intuitif,
Formateur à l’EMPSI et en méditation pleine conscience.

 

 

Bibliographie et références.

  • Nos âmes oubliés, Stéphane Allix, ed : Albin Michel.
  • La consolation, Flavie Flament, ed : le livre de Poche.
  • Le petit vélo blanc, Cécile B. , ed : Calmann Lévy.
  • Sur le chemin de mes ancêtres, Aurélio Diaz, ed : Recto Verseau.
  • Théorie et pratique de la respiration holotropique / une nouvelle approche de l’exploration de soi et de la thérapie, Stanislav Grof et Christina Grof, ed : Dervy.
  • Le chamane et le psy, Laurent Huguelit et Olivier Chambon, ed : Mama édition.
  • Psychothérapie et chamanisme, Dr. Olivier Chambon, ed : éditions Véga.
  • La révolution psychédélique, une médecine de la conscience, Dr. Olivier Chambon et Jocelin Morisson, ed : Guy Trédaniel éditions.

Sites internet :

www.memoiretraumatique.org

https://www.emdr-france.org/

http://www.holotropic.com/

Documentaires :

  • D’autres mondes, Jan Kounen :

https://www.youtube.com/watch?v=_CDk_4b6Z5M

  • L’ayahuasca, le serpent et moi :

https://www.youtube.com/watch?v=Tc_IVSyC1PU

  • Ca commence aujourd’hui, « ce traumatisme que leur mémoire avait enfoui… » :

https://www.youtube.com/watch?v=CRh1dtftdls

  • Viol sur mineurs, mon combat contre l’oubli, Flavie Flament :

https://www.dailymotion.com/video/x6j8qz4    (1/2)

https://www.dailymotion.com/video/x6j658o    (2/2)

Presse :

– Le Monde, article du 17 mars 2021, Valentine Faure :

https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/03/17/l-amnesie-traumatique-une-parenthese-de-la-memoire-encore-mal-comprise_6073410_3232.html

– Le Monde, article du 9 novembre 2017, Feriel Alouti :

https://www.lemonde.fr/societe/article/2017/11/09/trois-choses-a-savoir-sur-l-amnesie-traumatique_5212819_3224.html

– Inexploré, n°51 – le magazine de l’INRESS : entretien de Stéphane Allix, et dossier « Mystérieux Chamanes ».

Thèse :

  • Thèse d’Aude Le Floch (DE docteur en pharmacie), Université Bretagne Loire : L’ayahuasca : usages traditionnels, pratiques modernes et perspectives thérapeutiques d’une boisson hallucinogène :

https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-01811995/document